Association Française des
Sciences et Technologies de l'Information

Hebdo
No 58. 14 janvier 2002

Sommaire : Trois questions à Thérèse Hardin, Specif | L'actualité de la semaine | Théories et concepts | Enseignement | La recherche en pratique | Manifestations | Le livre de la semaine | Détente |

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Trois questions à Thérèse Hardin

Vice-présidente en charge de la recherche, Specif.

 

"L'informatique, c'est la mécanisation du traitement de l'information"

 

Asti-Hebdo : Specif tient cette semaine, jeudi et vendredi à Grenoble, son congrès annuel. Vous avez pris pour thème, cette année, "La recherche informatique au sein des Stic". L'informatique aurait-elle un problème d'identité ?

Thérèse Hardin : L'an dernier nous avons mis l'accent sur la coopération européenne. Le CNRS a décidé, il y a un peu plus d'un an, de créer un département pluridisciplinaire des Stic. Nous avons donc à replacer notre spécificité de chercheurs en informatique dans ce cadre. Notre inquiétude, en fait, est que notre discipline ne soit perçue comme une collection de savoir-faire. Pour le grand public, l'informatique se résume au traitement de texte et à la navigation sur Internet !

L'informatique est une science encore jeune qui est, tout à fait normalement, encore à la recherche de son identité. Votre question est donc pleinement d'actualité. Nous nous interrogeons, dans nos laboratoires, sur notre insertion au sein des sciences et technologies de l'information et des communications depuis la première évocation de ce projet.

Dans ce cadre, qui sommes nous ? Ni des mathématiciens, ni des logiciens, ni des physiciens, ni des automaticiens, ni des spécialistes en traitement du signal... Notre discipline a un très large spectre, nous n'avons pas (encore) de déclinaisons établies comme celles, par exemple, de la physique en optique, électronique, mécanique, etc. Cela se traduit par exemple par une section au CNU intitulée Informatique.

Hebdo : L'informatique, n'est-ce pas le traitement de l'information, tout simplement ?

T.H. : L'expression "traitement de l'information" recouvre de fait des activités variées, qui ne correspondent pas tous à la problématique de la recherche en informatique. Je définirais volontiers le domaine de la recheche en informatique comme celui de la "mécanisation du traitement" de l'information. Le mot "mécanisation" signifie ici traitement de l'information à l'aide d'un ordinateur, donc traitement complètement décrit par des règles déterministes (ultimement, celles décrivant l'activité d'un processeur).

Les mathématiques, avec les travaux de Hilbert, se sont elles-mêmes posé la question de leur "mécanisation" au sens où je l'entends. Les travaux des logiciels tels que Gödel, Kleene puis Turing, suivant le programme de Hilbert, constituent l'un des fondements de la mécanisation du traitement de l'information et donc l'un des fondements de notre discipline. Mais ce n'est pas le seul. En effet, notre discipline a pour champ la mécanisation complète du traitement, depuis sa définition jusqu'à une (ou des) implantation(s) produisant effectivement les résultats attendus.

Pour illustrer notre propos, prenons l'exemple de la réalisation d'un système de contrôle (d'alarme, de température, ...). Le donneur d'ordre rédige un cahier des charges, décrivant minutieusement ce qu'il attend de la solution informatique envisagée. L'informaticien doit élaborer une spécification à partir de ce cahier des charges.

Comment et jusqu'où spécifier ? Voila un problème typique de l'informatique, que n'a pas à traiter un mathématicien par exemple. Le cahier des charges peut contenir des lacunes ou des incohérences. Pour les mettre en évidence et donc s'épargner de coûteuses phases de débogage, il lui faut raisonner sur la spécification et pour cela l'avoir suffisamment formalisée. D'autres requêtes du cahier des charges, l'ergonomie de l'outil, par exemple, doivent être abordées avec des méthodes relevant de l'apprentissage de connaissances, des interfaces homme-machine, etc.

Le spécifieur doit ensuite transcrire ses conclusions dans un langage accessible au donneur d'ordre afin de s'assurer de la conformité du cahier des charges et éventuellement de préciser celui-ci. Pour cela il peut utiliser, à part le langage naturel trop ambigu, des langages graphiques, de la simulation etc.

Là encore, la recherche de langages et de méthodes permettant d'améliorer la relation entre cahier des charges et spécification est partie intégrante du champ informatique. Elle requiert des résultats de nature théorique sur lesquels s'appuiera la conception puis la réalisation des outils souhaités, donc des activités de recherche appliquée allant jusqu'à la finalisation.

Les utilisateurs de nos travaux ont besoin d'outils et de compétences aux profils variés. Pour telle entreprise, l'essentiel est de séduire les utilisateurs (les clients d'un site Web, par exemple), et la convivialité des IHM est donc primordiale. Pour telle autre, la confidentialité des données vient au premier plan. La diversité de la recherche effectuée dans notre communauté permet de répondre à ces attentes et, suivant ses goûts, tel chercheur privilégiera une approche pragmatique répondant rapidement mais ponctuellement à un problème alors que tel autre recherchera une solution plus fondée mais nécessitant plus de temps.

Mais je crois que l'essentiel de notre spécialité tient à cette démarche complète, qui va de l'abstraction jusqu'à la réalisation opérationnelle. Et c'est ce qui me séduit dans mon activité de chercheur en informatique : travailler tantôt sur une question de logique pure, tantôt sur la définition/implantation d'un langage certifié, tantôt sur des outils d'analyse de défaillances en collaboration avec une entreprise.

Hebdo : Comment allez-vous traiter cette question à Grenoble ?

T.H. : Vous trouverez ci-joint le programme complet de nos deux journées (Ce lundi, il n'est pas encore trop tard pour vous inscrire !).

Jeudi, nous donnerons la parole aux grands acteurs concernés par la recherche en Stic et en informatique : ministère (directions de la Recherche et de la Technologie, Mission scientifique universitaire, CNU 27e section) et aux EPST (CNRS, Inria).

Puis, comme tous les ans, nous remettrons notre prix de thèse et ses deux accessits, en allant des thèmes les plus abstraits (théorie des types) aux applications (compression, modélisation du son).

Enfin, vendredi, je participerai, aux côtés du président de l'Asti et de grands animateurs de la recherche, à une table ronde. Et la réflexion ira jusqu'à l'action, puisque nos journées se concluent par l'Assemblée générale de l'association.


Le programme définitif du congrès de Grenoble

Université Pierre Mendès France (IUT 2), Place Doyen Gosse, 38000 - Grenoble

Jeudi
 9 h 30 : Accueil.
10 h 00 : Ouverture.
Les Ministères
10 h 05 : Antoine Petit : la direction de la Recherche.
10 h 40 : Didier Arques : la Mission scientifique universitaire.
11 h 15 : Daniel Herman : le CNU 27° section.
11 h 50 : Pascal Estraillier : la direction de la Technologie
Les EPST
14 h 00 : Francis Jutand : le département Stic du CNRS.
14 h 45 : Bernard Larrouturou : l'Inria.
15 h 30 : Michel Weinfeld : la section 7 du comité national du CNRS.
Remise du prix de thèse Specif 2001
16 h 45 : Frédéric Blanqui : Théorie des types et récriture, thèse préparée au LRI (Paris XI Orsay), sous la direction de Jean-Pierre Jouannaud).
17 h 15 : Pierre-Marie Gandoin : Compression progressive et sans perte de structures géométriques, thèse préparée à l'Inria Sophia-Antipolis sous la direction de O. Devillers.
17 h 45 : Sylvain Marchand : modélisation informatique du son musical (analyse, transformation, synthèse), thèse préparée au Labri (Bordeaux), sous la direction de M. Desainte-Catherine
Vendredi
- 9 h 00 : Table ronde : La place de l'informatique dans les Stic, avec Thérèse Hardin, vice-présidente recherche de Specif, Luc Bougé, Inter-GDR, Yves Chiaramella, directeur de l'Imag, Luis Fariñas del Cerro, directeur adjoint du département Stic du CNRS, directeur de l'Irit, Jean-Paul Haton, président de l'Asti.
- 11 h 00 : Assemblée Générale de Specif.

L'équipe ASTI-HEBDO : Directeur de la publication : Jean-Paul Haton. Rédacteur en chef : Pierre Berger. Secrétaire général de la rédaction : François Louis Nicolet, Chef de rubrique : Mireille Boris. Asti-Hebdo est diffusé par FTPresse.
Dernière mise à jour du site: 07/05/2012