Évaluation des activités d'enseignement et d'administration (notes prises lors de l'atelier)


Historiquement, les activités collectives ou d'administration étaient considérées comme des corvées obligatoires, non rémunérées que l'on se passait entre nouveau. Les charges augmentant, on en est venu naturellement à introduire la notion de primes ou de décharges de service. Mais comme ces activités sont rémunérées, il devient maintenant naturel d'en augmenter le nombre. Actuellement, il devient nécessire d'avoir une attitude assez ferme sur ce que chacun peut faire ou ne pas faire, et donc savoir refuser ces activités. La difficulté vient de ce que la défense de notre intérêt personnel s'oppose à l'intérêt collectif.

Le LMD doit conduire à une harmonisation des formations et des « services » offerts aux étudiants. Y aura-t-il harmonisation des carrières des enseignants chercheurs européens, pour lesquels les salaires sont très différents ? Le statut évoluera-t-il, alors qu'il est fortement imprégné par la culture nationale ? Il y a de grandes disparités entre les salaires et obligations des enseignants chercheurs des différents pays européens, ainsi que dans leur place au sein de leurs établissements.

En tant que discipline, l'informatique ne doit pas être vue comme une discipline au service des autres. Les enseignants chercheurs en informatique ne veulent pas être considérés par nos collègues comme des ingénieurs systèmes à leur service.

Évaluation et promotion

La gestion des carrières concerne plusieurs points particuliers, où le CNU intervient en partie : qualification aux fonctions de professeurs, transformation de postes (assistant vers maîtres de conférences, ou maître de conférences vers professeur), promotions elles-mêmes. Le CNU intervient aussi sur d'autres points qui ne sont pas abordés ici.

Daniel Herman a rappellé que le métier d'enseignant chercheur avait trois facettes, l'enseignement, la recherche et l'administration. Les CNU successifs se sont toujours attachés à prendre en compte ces trois aspects, mais il n'y a pas de pondération ou de critère numérique pour les comparer.

Par exemple, pour la qualification aux fonctions de professeurs, le CNU n'aime pas qualifier quelqu'un qui aurait une carence en enseignement. Si carence il y a dans une des facettes, il faut quelque chose à côté qui soit exceptionnel. Si la qualité de la recherche est un élément important, la durée dans les fonctions de maître de conférences comme les activités d'enseignement ou d'administration sont des éléments qui peuvent compenser une recherche moyenne.

Rappelons aussi l'article 46.3 de notre statut qui permet d'offrir un poste au recrutement, réservé aux maîtres de conférences habilités, ayant 10 ans d'ancienneté, et non nécessairement qualifiés. L'établissement classe les candidats retenus. Le CNU, après examen des dossiers des candidats, donne un avis sur leur nomination. Le ministre nomme le premier de la liste qui a reçu un avis favorable du CNU. Par nature, cette procédure est dédiée à ceux qui ont eu une activité particulière au sein de la communauté, et qui pourraient être défavorisés dans un recrutement classique dans lequel ils seraient comparés à des jeunes. Si le poste doit être publié spécifiquement au titre du 46-3, ce qui implique une restriction des candidatures, il ne faudrait pas dévoyer cette procédure pour privilégier des recrutements locaux.

Les promotions sont contingentées ; il s'agit donc d'un concours et comme tout concours, il y a des choix à faire qui sont très souvent difficiles. Il y a beaucoup plus de candidats qui mériteraient d'être promus que de places offertes. Lorsqu'il y avait beaucoup de promotions, le CNU essayait de montrer par ses choix que les trois aspects, enseignement, recherche, administration étaient pris en compte. Actuellement, la faiblesse des possibilités ne permet pas de faire passer un tel message.

Rappelons quelques règles de répartition des possibilités de promotions. La loi de finances définit des quotas globaux pour chaque catégorie. Les quotas de chaque catégorie sont ensuite répartis entre les voies proportionnellement aux promouvables.

  • Voie 1, ou voie normale. Le CNU n'attribue que la moitié des promotions, l'autre moitié étant à la discrétion des établissements.
  • Voie 2. Elle concerne les petits établissements, pour lesquels le nombre de promouvables est trop faible. Les promotions sont attribuées par le CNU.
  • Voie 3, ou voie spécifique. Elle est réservée à ceux qui exercent des responsabilités administratives particulières. Les promotions sont globalisées pour toutes les sections, et attribuées par une instance spéciale.

Étant donné le faible nombre de promouvables en voies 2 et 3, la grande majorité des promotions sont attribuées en voie 1, donc pour moitié par le CNU et pour moitié par les établissements. Dans l'ensemble, et sur le plan national, le bilan est à peu près équilibré, même s'il y a des disparités entre les établissements. Notons que les promotions dans les établissements sont attribuées par le conseil d'administration (pour la hors classe des maîtres de conférences) ou par le conseil scientifique (pour les promotions de professeur) : intérrogez vos élus dans ces instances. Par eilleurs, n'oublions pas que les informaticiens se répartissent dans 130 établissements, et même 230, si on distingue les instituts dérogatoires. Si 10 promotions dans une catégorie sont attribuées annuellement par le CNU, cela apparaît dans un environnement local comme une promo tous les 23 ans, ce qui explique le sentiment d'abandon des collègues.

Les maîtres de conférences ne peuvent bénéficier d'une promotion à la hors classe que 17 ans après le début de leur carrière (1er échelon de la classe normale des maîtres de conférences). Notons que devenir professeur est la seule façon d'être « promu » plus tôt. Les charges collectives sont le premier critère, mais il est très important de préciser le contexte dans lequel elles sont exercées, car ces contextes sont très variés selon les établissements et les structures. Il faut donc les quantifier, expliciter les sigles, préciser les coresponsabilités (en %). Il faut aussi les faire attester, la taille de la section induisant naturellement quelques débordements dans la véracité des dossiers. Par ailleurs, le CNU constate que la vague de ceux qui ont fait « marcher la boutique » est passée, et que les nouveaux, plus jeunes, ont conservé un contact avec la recherche. Entre deux dossier semblables, il choisit le plus vieux.

Globalement, le CNU n'aime pas trop que les jeunes en début de carrière laissent tomber la recherche, du fait des charges lourdes d'enseignement ou d'administration qui leur sont demandées. Il est conscient que les établissements sont souvent fautifs. C'est souvent le fait de la structure lorsque le nouvel informaticien est isolé dans l'établissement. C'est moins acceptable lorsque c'est le fait de collègues informaticiens qui se déchargent sur les nouveaux de tâches qu'ils devraient assumer eux-mêmes.

Prise en compte des charges dans les services

À noter que suite aux recommandations du rapport Esperet, les primes pédagogiques et administratives sont intégrées dans l'enveloppe globale des établissements. Un établissement peut donc augmenter les primes ou les convertir en heures complémentaires. Évidemment cela devient un problème budgétaire.

Pour la création de filières nouvelles, le ministère devrait donner des moyens. En fait, les moyens sont alloués aux établissements en fonction du nombre d'étudiants. Comme le nombre d'étudiants est globalement décroissant, le ministère impose de travailler à moyen constant. En fait s'il y a création de filière, avec participation d'étudiants, cela signifie qu'il y a diminution d'étudiants dans d'autres filières ou d'autres établissements. Il doit donc y avoir des transferts de moyens au sein de l'établissement ou entre les établissements.

Certains établissements appliquent le même principe de répartition des moyens entre ses composantes en fonction du nombre d'étudiants. Cependant pour éviter de déstabiliser ces composantes lors des réductions ou augmentation d'effectifs importants, l'établissement met des limites supérieures et inférieures aux variations annuelles de ces répartitions de moyens. Normalement, on espère que, à terme, il y a convergence. Néanmoins, il a été constaté dans certains établissements que cette convergence était hypothétique pour l'informatique, l'augmentation annuelle d'effectifs étant supérieure à la limite supérieure d'augmentation des moyens, et l'écart se creuse au lieu de se résorber.

Avec l'augmentation du téléenseignement, il faudra nécessairement revoir les normes de 192 heures en présence d'étudiants.

Certaines difficultés évoquées ne sont peut-être pas propres à l'informatique, mais il y a des spécificités :

  • Lors des projets informatiques, il est nécessaire et pédagogique de promouvoir les relations par courrier électronique ou du type « workflow » entre enseignants et étudiants. Or une telle activité est particulièrement chronophage, et devra être prise en compte dans les services.
  • Il est parfois très difficile de faire comprendre à des collègues d'autres disciplines que l'encadrement technique des travaux pratiques d'informatique nécessite des ingénieurs et non des techniciens, en particulier pour l'installation de gros logiciels spécifiques et de haute technicité, comme des analyseurs de réseaux, des SGBD, ou des ateliers de génie logiciels modernes et performants.

En conclusion, les participants de l'atelier ont insisté sur la nécessité de communiquer sur les situations locales au sein de la communauté des informaticiens..


Dernière mise à jour du site: 15/07/2008