Stic-Hebdo
No 2. 12 janvier 2004
Sommaire : Trois questions à Jacques Bahi (Specif) | Courriels | L'actualité de la semaine | Théories et concepts | Enseignement | La recherche en pratique | Entreprises | Manifestations | Bibliographie | Détente
"Les préconisations du rapport Belloc ont un impact direct sur nos membres. Notre rôle est d'apporter des points d'éclairage, de faciliter un dialogue constructif."
Trois questions à Jacques Bahi
Vice-président Recherche, Specif
Stic-hebdo : Le congrès de Specif, qui se tient à Lille les 22 et 23
janvier, est cette année orienté vers la recherche. Que faut-il entendre par là
?
Jacques Bahi : Specif n'organise pas de congrès scientifiques au sens habituel. Ce ne sont pas des articles de recherche qui seront réunis à Lille. Il s'agit de présenter et de débattre des questions qui se posent à nos membres, enseignants et chercheurs, dans la pratique de leur métier. L'objectif est, au travers d'exposés et d'ateliers, d'apporter des informations claires et de permettre discussions et échanges de points de vue. L'an dernier, à Toulon, c'était le tour de l'enseignement, et nous avons travaillé sur le LMD (voir Asti-Hebdo no 100). Outre notre assemblée générale (réservée à nos membres, mais le reste du congrès est largement ouvert à tous les intéressés) et la remise des prix, nos travaux comportent des conférences invitées et des ateliers. D'une année à l'autre, nous nous centrons alternativement sur l'enseignement et la recherche.
Quatre thèmes seront abordés cette année : les dispositifs de valorisation de
la recherche, les moyens qui lui sont alloués ainsi que l'évaluation et
l'animation. Parmi les questions qui seront au coeur du congrès, citons :
- le fonctionnement des SAIC (Services d'activités industrielles et
commerciales), avec la conférence invitée de Jean-Charles Pomerol ;
- le fonctionnement des incubateurs ; deux animateurs de startup viendront aussi
nous raconter leur parcours de valorisation, depuis leurs travaux de recherche
jusqu'à leur incubation ;
- l'articulation entre recherche fondamentale et recherche finalisée ou
appliquée, les délais de finalisation ;
- les moyens : financement de la recherche fondamentale et de la recherche
finalisée ou appliquée, nombre d'allocations de recherche, moyens humains,
perspectives offertes aux jeunes chercheurs ; deux directeurs de laboratoire
viendront nous expliquer les moyens dont ils disposent ; nous avons choisi à
dessein deux institutions bien différentes : un grand laboratoire, le Labri de
Bordeaux (S. Dulucq) , et un laboratoire de taille moyenne, le LIFC de
l'université de Franche-Comté (J. Julliand) ; .
- le rôle des ministères et des organismes publics dans le pilotage de la
recherche, la place des organismes privés (en particulier les fondations) et les
implications de ce type de structures pour les chercheurs ;
- l'insertion de la recherche française dans l'espace européen.
S.H. : Il y a donc des enjeux majeurs cette année?
J.B. : Nous sommes évidemment préoccupés par les pressions sur les budgets de la recherche fondamentale... bien que le Gouvernement continue de viser l'objectif de 3% du PIB à l'horizon 2010. Nous mesurons tous les jours les difficultés du métier de chercheur en informatique (manque de moyens, temps passé à rédiger des dossier empiétant sur le temps de la recherche, course aux contrats, évaluation insatisfaisante, etc.)
Mais, plus particulièrement, c'est l'évaluation de la recherche qui est une des questions importantes. Les préconisations du rapport Belloc ont un impact direct sur notre profession. Il propose, notamment, la prise en considération des activités de recherche dans le service statutaire des enseignants-chercheurs. Outre les 192 heures d'enseignement, le rapport leur propose d'établir des contrats avec leur université, intégrés à leur statut... soit pour préciser leurs engagements en matière de recherche, soit pour déclarer explicitement leurs activités pédagogiques.
Cela pose notamment le problème de l'évaluation de la recherche, avec ses différents niveaux (haut, moyen), question délicate, et nous percevons l'inquiétude d'un certain nombre de nos collègues. Ils veulent être partie prenante dans ces changements. Ils ne veulent pas qu'on leur impose un changement auquel ils n'auraient pas pris part. Le congrès de Specif est une excellente occasion pour que les enseignants-chercheurs s'expriment. Nous ne sommes pas un organisme de négociation, encore moins de critique négative. Notre rôle est d'apporter des points d'éclairage, de faciliter un dialogue constructif.
S.H. : Quels sont les lauréats du prix de thèse?
J.B. :Nous enregistrons chaque année quelque 25 candidatures. Le jury, représenté notamment par Michel Cosnard (maintenant président de l'Inria) et Michel Riveill (professeur à l'Essi, université de Nice) a attribué le prix à Véronique Cortier, pour sa thèse préparée au LSV (Ecole Normale Supérieure de Cachan) sous la direction de Hubert Common-Lundh et intitulée "Vérification automatique des protocoles cryptographiques".
Le jury à en outre attribué deux accessits (par ordre alphabétique) à :
- Sébastien Ferré, pour sa thèse préparée à l'Irisa (Université de Rennes 1)
sous la direction d'Olivier Ridoux et intitulée "Systèmes d'information logiques
: un paradigme logico-contextuel pour interroger, naviguer et apprendre",
- Maxime Sermesant pour sa thèse préparée à l'Inria Sophia-Antipolis (Université
de Nice -Sophia Antipolis) sous la direction de Nicolas Ayache et Hervé
Delingette et intitulée "Modèle électromécanique du coeur pour l'analyse d'image
et la simulation".
Notre prix récompensent aussi bien des thèses en recherche appliquée que fondamentale. Il me semble bon de rappeler que, par les temps qui courent, il ne faut pas arrêter le soutien à la recherche fondamentale. Par essence, elle a toujours un temps d'avance. Si on l'arrête, à un moment donné on se trouvera bloqué, sans rien à valoriser. A titre d'exemple, avant d'implémenter un algorithme, il faut avoir montré sa robustesse, son bon fonctionnement et la validité de la solution qu'il fournit. C'est un travail d'algorithmique théorique. Une fois que l'on a prouvé tout cela, on peut commencer à l'implémenter et à en chercher une valorisation industrielle.
Nous espérons être nombreux cette année, étant donné l'importance des enjeux, et les attraits de la communauté lilloise, qui de plus bénéfice d'un accès facile grâce aux TGV. Si vous ne l'avez pas encore fait ... il n'est que temps de vous connecter sur notre page d'inscription !
Propos recueillis par Pierre Berger
