Gilles Schaeffer

Sujet : Cartes combinatoires et algorithmes de génération aléatoire

Mes recherches m'ont donné l'occasion d'utiliser et de développer des techniques qui s'apparentent à différents domaines dont les principaux sont :

  • l'algorithmique,
  • l'analyse probabiliste des structures,
  • la combinatoire énumérative et algébrique.

Ces thèmes interagissent largement dans tous les travaux que j'ai mené. Dans ce résumé figurent les travaux qui concernent les cartes combinatoires (ie les plongements de graphes) et qui constituent ma thèse de doctorat.

Les cartes sont les représentations combinatoires naturelles des plongements de graphes dans une surface, telle que le plan, la sphère ou une surface de genre supérieur. Je développe des techniques d'énumération constructive et des algorithmes de génération aléatoire pour ces objets. Les applications visées sont l'étude expérimentale et théorique des propriétés statistiques de ces cartes et de l'efficacité des algorithmes qui les utilisent (plongement, dessin, coloration...).

Cartes planaires et énumération

La théorie énumérative des cartes planaires a été développée par W.T. Tutte dans les années soixante. Celui-ci a mis en évidence des formules énumératives closes particulièrement élégantes à l'issu de calculs très complexes.

Avec R. Cori et B. Jacquard, nous avons introduit la notion d'arbre de description, pour coder de manière uniforme les décompositions récursives de W.T. Tutte. Cette approche nous a permis d'extraire un ensemble d'opérations élémentaires qui unifient et clarifient les méthodes de Tutte.

Méthodes bijectives et algorithmes de codage

Une des contributions les plus importantes de ma thèse est l'introduction d'une nouvelle famille d'arbres couvrants des cartes, associée à une méthode bijective la conjugaison d'arbres. Ces ingrédients permettent pour commencer de donner une explication intuitive directe des formules de Tutte et d'expliquer des identités observées par différents auteurs et restées incomprises jusque là.

De plus ces arbres couvrants fournissent des codages compacts de plusieurs familles de cartes planaires, codages dont la compacité est similaire aux meilleurs résultats connus mais qui sont significativement plus simples à obtenir.

La conjugaison d'arbres permet quant à elle d'utiliser les codages pour écrire des algorithmes de génération aléatoire uniforme de ces même familles de cartes. Ces algorithmes sont de complexité linéaire et permettent le contrôle de certains paramètres (degré des sommets...), alors que les algorithmes connus jusqu'ici étaient de complexité au moins quadratique et ne permettaient aucun raffinement.

Enfin avec M. Bousquet-Mélou, nous avons pu étendre l'utilisation de mes méthodes au domaine, beaucoup plus ancien, de l'énumération des revêtements de la sphère par elle-même. Ces résultats unifient de manière surprenante le travail de Tutte sur les cartes avec l'approche d'Hurwitz pour les revêtements. Nous avons ainsi été amenés à mettre à jour de nouvelles formules énumératives remarquablement simples dans un domaine pourtant étudié depuis le début du siècle et qui connaît un gros regain d'activité depuis une dizaine d'années. Nos résultats sont utilisés pour la classification algorithmique effective des revêtements (travaux de S. Zvonkin et al.).

Algorithmes de génération aléatoire, polyèdres convexes, triangulations

Afin de rendre accessible une plus grande variété de familles de cartes, j'ai proposé une méthode de rejet particulière baptisée l'extraction/rejet. En particulier sont ainsi traités les cas des graphes de polyèdres convexes et des graphes planaires maximaux pour lesquels il n'existait aucun algorithme. Ces résultats ont fait l'objet d'un exposé au 31ème congrès annuel d'informatique théorique de l'ACM (STOC'99).

Les algorithmes d'extraction/rejet sont probabilistes et l'étude de leur complexité fait appel à des méthodes d'analyse asymptotique des structures. Après avoir obtenu dans ma thèse les résultats nécessaires à la détermination de la complexité de mes générateurs, j'ai entamé en collaboration avec Ph. Flajolet et M. Soria  l'étude détaillée des schémas de composition apparaissant. Les résultats que nous obtenons mettent en jeu des propriétés fines d'analyse de cols coalescents.

Enfin comme premier exemple significatif d'application expérimentale de mes générateurs, j'ai présenté une conjecture sur le diamètre des graphes planaires maximaux aléatoires : la mesure expérimentale de ce diamètre fait en effet apparaître une loi limite et un comportement asymptotique pour les graphes à n-sommets. Ce comportement est surprenant comme pour un maillage régulier de la sphère). Cette contradiction apparente est très intéressante car elle suggère que le modèle de cartes planaires aléatoires, couramment utilisé en physique statistique comme approximation discrète des modèles continus de surface, n'est pas de nature géométrique. Un de mes objectifs actuels est de comprendre ce phénomène, dans le cadre de l'action de recherche coopérative inria alcophys réunissant des informaticiens et des physiciens statisticiens.

Outre l'étude expérimentale des statistiques, les générateurs aléatoires permettent de construire des jeux de tests représentatifs de grande taille. Mes algorithmes sur les objets planaires sont particulièrement intéressants dans le contexte du dessin de graphe, pour observer le comportement des algorithmes sur des entrées non triviales aléatoires de grande taille.

C'est ce qui motive l'intégration en préparation de mes programmes à la bibliothèque d'algorithmes de dessin de graphes Pigale développée par P. Rosenstiehl, H. de Frayssex et P. Ossona de Mendez.

 

Cartes de genre supérieur

Les problématiques abordées sur les cartes planaires s'étendent naturellement aux plongements dans les surfaces de genres supérieurs, où beaucoup moins de résultats sont disponibles. Avec M. Marcus, j'ai obtenu une bijection permettant de coder ces cartes à l'aide de diagrammes de cordes. Une partie de ma thèse est alors consacrée à obtenir différents résultats d'énumération, qui unifient les résultats connus pour ces objets (avec A. Goupil et D. Poulalhon. Ces résultats, obtenus en introduisant des méthodes bijectives dans un contexte algébrique sont les premiers de ce type à dépasser significativement le cas planaire.

 

Philippe Baptiste


Sujet : Une étude théorique et expérimentale de la propagation des contraintes de ressources

Nous présentons un ensemble original de techniques de propagation de contraintes de ressources en ordonnancement. Quatre types de ressources sont étudiés : (1) les ressources disjonctives non-préemptives, (i.e., de capacité 1 sur lesquelles les activités ne sont pas interrompues), (2) les ressources disjonctives préemptives, (3) les ressources cumulatives et (4) les ressources dites surchargées, sur lesquelles des activités peuvent être
sous-traitées.

  • Dans le cas préemptif, les outils mis en place sont totalement originaux. Ils généralisent les nombreux travaux effectués sur les ressources disjonctives non-préemptives.

  • Dans le cas cumulatif, les méthodes déductives proposées reprennent en partie des résultats connus. L'accent est mis sur la caractérisation théorique et sur le coût algorithmique de ces méthodes. Elles sont comparées avec les bornes inférieures classiques de Recherche Opérationnelle.

  • Dans le cas des ressources surchargées, les mécanismes de propagation élaborés reposent sur différentes formulations du problème de la minimisation du nombre de jobs en retard sur une machine. Nous décrivons un algorithme de résolution pour la version préemptive de ce problème - algorithme qui améliore la meilleure complexité connue. Enfin, il est montré que la version pondérée du même problème est polynomiale si les durées sont égales, et ce dans le cas préemptif comme dans le cas non-préemptif.

Nous illustrons l'efficacité des nouveaux algorithmes de propagation sur un ensemble de problèmes combinatoires.

  • Le problème du Job-Shop préemptif est très bien résolu (toutes les instances de la littérature de taille 10*10 sont fermées).

  • La procédure permettant de résoudre le problème de gestion de projet à contraintes de ressources est très efficace sur certaines instances.

  • Les résultats obtenus sur le problème de la minimisation du nombre de jobs en retard sur une machine sont les meilleurs connus à ce jour.

     

Olivier Bournez

Sujet : Complexité algorithmique des systèmes dynamiques continus et hybrides

Cette thèse présente une étude de la complexité algorithmique de la vérification automatique de propriétés pour les systèmes dynamiques continus et hybrides.

Dans un premier temps nous étudions la décidabilité de la vérification automatique de propriétés des systèmes dynamiques à espace continu: nous prouvons tout d'abord l'indécidabilité du problème de la stabilité des systèmes dynamiques linéaires seuillés, puis nous étudions la frontière entre décidabilité et indécidabilité pour les systèmes de basses dimensions en discutant l'existence d'un algorithme pour décider la mortalité des matrices deux par deux.

Dans un second temps, nous étudions la représentation des polyèdres par leurs sommets: nous proposons plusieurs représentations pour les polyèdres orthogonaux et prouvons que ces représentations permettent une réalisation efficace des algorithmes classiques de vérification automatique. Nous généralisons ensuite ces représentations aux polyèdres manipulés par les algorithmes de vérification de propriétés des automates temporisés.

Dans un troisième temps, nous présentons une caractérisation complète de la puissance de calcul d'une classe particulière de systèmes dynamiques à espace et à temps continus: nous prouvons que la puissance de calcul des systèmes dynamiques définis par une équation différentielle constante par morceaux se relie aux classes de langages de la hiérarchie hyperarithmétique.