LMD: Journée du 19/9/02, Congrès des 16-17/1/03


Le 19 septembre 2002, Specif a organisé une journée de présentation et de débats sur l'organisation des études universitaires selon les parcours en Licence/Maîtrise/Doctorat (LMD par la suite). Ceux-ci doivent être définis dans le contrat quadriennal de chacun des établissements, à court ou moyen terme.


Le compte-rendu de cette journée reflète les échanges des participants et témoignent de la complexité de la mise en oeuvre de la construction européenne universitaire. Ses implications au niveau de notre travail quotidien sont extrêmement importantes, tant dans la préparation du passage au LMD que dans sa mise en place et dans son fonctionnement.


Repenser nos cursus par domaine et en interaction pluridisciplinaire est certes un exercice qui peut se révéler très intéressant et enrichissant. Il permet d'ouvrir de nouvelles perspectives à notre communauté. En particulier, il peut aider à donner une meilleure lisibilité de la place de l'informatique dans l'offre de formation. Les débats ont traduit très clairement notre perplexité devant l'absence de cadrage ministériel. La mise en place du LMD à moyens au mieux constants et l'amplification des tâches administratives et pédagogiques suscitent à juste titre de très fortes inquiétudes.


En organisant cette rencontre, Specif a voulu amorcer une réflexion collective sur les grands principes d'une offre de formation en informatique, matière dominante ou matière complémentaire d'un cursus. Sans vouloir viser un modèle unique, nous pensons utile de réfléchir ensemble à la charpente de diplômes en informatique qui peuvent être proposés au niveau national.


Cette journée a de fait amorcé les débats qui seront au centre du congrès de Specif, les 16 et 17 janvier 2003 à Toulon. Le sujet de ces journées est :


Evolution du métier d'enseignant-chercheur dans le cadre du LMD


Nous vous y donnons rendez-vous en nous vous invitons également à participer aux actions menées par Specif, en devenant adhérent, correspondant local et/ou membre du Conseil d'Administration de Specif.


Nous vous engageons également à consulter le site Specif: http://www.specif.org qui offre non seulement la description des activités et des services proposés par Specif, mais également de nombreux liens sur les différents textes officiels régissant nos activités d'enseignant-chercheur et chercheur.







COMPTE-RENDU DE LA JOURNEE Specif

Sur le passage au LMD (3-5-8)

CNAM PARIS - 19 septembre 2002


Thérèse HARDIN, Vice-Présidente Recherche de Specif


La réunion organisée par Specif le 19 octobre 2002 a rassemblé une centaine d'enseignants-chercheurs. La plupart des Universités étaient représentées. Après une introduction générale du Président Camille Bellissant mettant l'accent sur l'importance des métiers dans la conception de ces nouvelles formations, Nelly Bensimon, vice-présidente chargée de l'enseignement, présente le plan de la journée.



Cette journée doit être une journée d'échanges et de débats, où la parole doit être donnée aux collègues pour faire avancer la réflexion. Plusieurs textes officiels cadrent cette réflexion : le décret de création du 8-4-02 et les textes de cadrage (grades 25/4/02, master et 3ème cycle 8/4/02,licence 3/4/02, master 29/4/02, habilitations 2003 26/6/02). L'informatique apparaît comme partie prenante dans toutes les formations. Comment prendre en compte ce fait dans le cadre de la 27ème section et d'une partie de la 61ème? Il est clair que nous n'intervenons pas seulement dans les cursus d'informatique proprement dite. Devons-nous intervenir dans toutes les formations, au même titre que les enseignants de langues? Nous enseignons dans les DEUG (Journées de Lyon sur l'informatique dans les DEUG 26-28/11/1997), dans des formations multi-disciplinaires (Journées de Montpellier sur l'informatique pour non-informaticiens, 28-29/9/2000) telles que celles données dans certains départements d'IUT, telles que celles de certaines licences professionnelles, IUP, MIAGE, etc.


La parole est ensuite donnée à Jean-Pierre Borel, professeur de l'Université de Limoges, actuellement chargé de mission à la Direction de l'Enseignement Supérieur, sur le développement des cycles Licence/Master/Doctorat, LMD en abrégé. Les orientations retenues sont les suivantes.


Il s'agit de redéfinir l'organisation de l'enseignement universitaire en France de manière à obtenir un système lisible à l'échelon européen. Il n'existe pas actuellement de cadre européen commun. Faire émerger un tel cadre est une idée qui progresse au sein des pays membres et s'inscrit dans la logique de la construction de l'Europe. Il faut inciter les étudiants à bouger en Europe et donc faciliter leur projet de formation sous forme de composantes prises dans différents établissements de la CEE. La mise en place du LMD est donc une suite du rapport Attali, avec peut-être quelques changements techniques mais l'esprit reste. Tout le travail fait dans ce cadre a été et sera utile.


Les textes de cadrage laissent une grande part à l'initiative des établissements, qui doit encourager la mobilité des étudiants. Le ministère est en attente de propositions. Les Universités d'Artois et de Valenciennes, qui ont travaillé en avant-première sur ce sujet, ont eu une grande liberté de réflexion.


Pour préciser les attentes du ministère, J-P Borel énonce quelques grands principes:

A- La pluridisciplinarité doit être toujours présente. On peut définir, au niveau d'une université, de grands secteurs, de la dimension "Les Sciences" (Informatique et Mathématiques et Physique et ..), (Informatique et Biologie et ...) pour, par exemple préciser quelles sont les disciplines qui vont basculer vers le LMD et celles dont l'enseignement restera donné dans le cadre Licence-Maîtrise. Ces grands secteurs peuvent aussi servir à structurer la discussion de construction du LMD à l'intérieur de l'Université. Leur construction ne doit pas pour autant interdire les passerelles et/ou chevauchements de parcours entre secteurs. Il n'y aura donc pas de définition nationale de ces grands secteurs. Cela est du ressort de chaque université, qui aura à le faire dans son contrat quadriennal.


B- L'articulation entre enseignement et recherche doit être renforcée: pas de formation universitaire de haut niveau sans adossement à un laboratoire, pas de laboratoire universitaire sans étudiants dans les formations correspondantes.


C- L'étudiant doit être plus acteur de son parcours. il doit avoir un choix beaucoup plus grand dans son cursus, qui peut être entièrement libre ou cadré si l'étudiant vise une mention précise d'un diplôme. L'étudiant doit avoir une réelle marge de manoeuvre (par exemple, 10 % de choix totalement libre sur chaque cursus, licence ou master), avec une souplesse d'emploi du temps permettant ce degré de liberté. Il faut aussi aider les étudiants à construire leur projet professionnel.




D- Dans la construction des cursus, c'est l'approche métier qui doit prévaloir. Sous le mot métier, il faut entendre les métiers de l'enseignement, de la recherche et, bien sûr, ceux du monde économique. Tout étudiant doit recevoir une formation dont le contenu est déterminé d'abord par le métier souhaité, ensuite par les compétences nécessaires à ce métier, enfin par les connaissances indispensables à ces compétences. Cette approche métier/compétences est à mener avec les employeurs.


E- Cette réforme demande une forte implication des collègues. Il s'agit d'une refonte totale des méthodes d'enseignement dans l'Université, refonte qui ne peut avoir lieu que tous les 30 à 50 ans. Les enjeux sont donc cruciaux pour l'Université du troisième millénaire. Il faut monter des équipes de formation, nommer des directeurs des études,... Toutes les tâches nouvelles devront être prises en compte dans la carrière.


F- La liberté d'innover est donc très grande. Il ne faut cependant pas aboutir à une multiplicité trop grande des titres de diplôme, sous peine de dévaloriser les contenus de ces diplômes. On peut, par exemple, proposer un titre unique Licence de Sciences et Technologies et le qualifier par des sous-titres. Le diplôme est alors précisé dans son "sous-titre" ou mention, ainsi que par le complément au diplôme, qui est une réelle nouveauté (cf. décret cadre du L-M-D). Ce point rejoint un souhait de la conférence des Doyens de Sciences. De plus, toute formation doit comporter des stages et des projets en vue de bien marquer la professionnalisation de la formation. Enfin, la formation ne nécessite pas une inflation du nombre d'heures d'enseignement. Il faut au contraire que l'étudiant ait la liberté de choisir les modules qu'il veut suivre, au moment où il se sent prêt à le faire, en respectant toutefois la cohérence du diplôme visé. D'où la nécessité de souplesse dans les horaires et l'organisation des enseignements sur l'année.



La construction d'une formation LMD au sein d'un établissement donné s'appuie sur le choix des réponses à un certain nombre de questions.


Tout d'abord, les établissements doivent effectuer un choix de politique pour la licence. Ils peuvent soit surligner les formations actuelles, en se plaçant dans le cadre de l'article 3 de l'arrêté du 25/4/02 soit construire une formation innovante en se plaçant dans celui de l'article 4.



Ensuite, un master, qu'il soit professionnel ou de recherche, met en jeu beaucoup de partenaires du monde économique qu'il va falloir associer à la définition et au déroulement de cette formation. Cela soulève des problèmes institutionnels, portant sur l'articulation Université-monde économique.


Enfin, Il ne doit pas y avoir de sélection à l'entrée d'un master (le texte du master précise qu'une licence adaptée suffit). La sélection est possible en cours de route. Mais aucun étudiant ne doit être rejeté à mi-parcours. Tous doivent être dirigés vers un métier. L'enjeu est de ne pas copier les processus actuels de sélection: beaucoup d'emplois qualifiés vont se libérer dans le secteur scientifique suite aux départs en retraite, il serait paradoxal de bloquer la poursuite des études d'étudiants que nous avons reçus à nos propres examens et que nous avons donc jugés compétents. Au lieu de sélection, il vaut mieux parler de régulation des flux et de construction d'un ensemble de sorties cohérent, au niveau d'un ou de plusieurs établissements. Il faut donc réfléchir à la définition d'une palette d'emplois à la sortie du master, de manière à éviter la situation actuelle d'étudiants reçus à la maîtrise ne trouvant pas de formation de DESS pour achever leur formation à un métier. Cela signifie, entre autres, que l'orientation doit être conçue sous forme d'un processus continu, au cours du parcours universitaire de l'étudiant. La seule raison pour qu'un étudiant n'atteigne pas la fin du cycle doit être l'échec aux examens. Si le texte actuel permet un maintien de la sélection actuelle après l'année 4, l'enjeu est bien de définir des formations ne nécessitant plus d'avoir recours à cette sélection.



Cet exposé a suscité beaucoup de questions, tant sur les contenus que sur les moyens.


Voici un échantillon des questions : évolution des dispositions d'aide financière des étudiants dans le cadre d'e l'acquisition de crédits, différent de celui de la validation de diplômes, évolution du métier d'enseignant-chercheur suite à cette refonte de l'organisation des enseignements (ce sera le thème des journées Specif de Toulon (16-17 janvier 2003)), comment effectuer et gérer la formation à distance, comment maintenir la cohérence globale des formations, nécessaire notamment à la gestion de la mobilité des étudiants?


Les réponses apportées par J-P Borel sont les suivantes. Il ne faut pas attendre de liste nationale (secteurs, intitulés) ou de programmes nationaux. La cohérence doit être assurée au niveau de l'établissement, et non au travers d'un programme. Il appartient aux acteurs universitaires de donner au système sa cohérence. Par exemple, nous savons tous que, même sans programme au sens propre, l'ordre d'apprentissage des connaissances dans une discipline donnée est souvent voisine dans nos universités. Autre exemple, la Conférence des Doyens Sciences (CDUS) propose avec insistance une appellation unique "Sciences et technologies" pour nos licences et nos masters. La mobilité des étudiants ne porte pas essentiellement sur les connaissances, mais plus sur les compétences. Si la mobilité à l'échelon européen ne fonctionne pas de manière satisfaisante, c'est parce que l'on essaie trop de donner les mêmes connaissances. Le processus actuel de compensation en témoigne. Le processus de compensation doit garantir un niveau global de compétence et non une liste de connaissances. Un étudiant peut avoir à combler certaines lacunes et il doit être aidé en cela.


Suite à plusieurs autres questions, J-P Borel affirme que le changement du nom "master" n'est plus d'actualité. La notion de cycle est définie par les trois niveaux introduits par le LMD. Cela correspond à la variété des parcours des étudiants dans leur composition et leur chronologie. L'organisation des différents modules n'est plus "la pyramide". Un même module peut être choisi au cours de différents semestres. Par exemple, le stage n'a pas forcément lieu au même moment pour tous. On casse la notion actuelle d'emploi du temps mais il ne faut pas non plus aboutir à une architecture trop compliquée.


A la question sur la sélection, absente actuellement en maîtrise mais présente en DESS, sélection qui semblerait ne plus être possible, la réponse est de trouver au sein de l'établissement une formation qui permette à l'étudiant de conclure la formation entreprise. L'établissement doit disposer d'un ensemble de masters P ou R, permettant de répondre à tous les besoins des étudiants, suivant le rythme et la chronologie qu'ils choisiront.


Suit la question : le ministère compte-t-il doubler son budget? La réponse de J-P Borel est qu'il ne s'agit pas d'abord d'une question de budget. Il faut s'occuper de la reconnaissance des investissements des collègues. Quand un bon projet est monté, il trouve des financements même s'il faut du temps.


Cette réponse suscite l'intervention de la vice-présidente Recherche de Specif, qui rappelle les conclusions des Journées de Grenoble en 2001 sur le métier d'enseignant-chercheur. Nous souhaitons tous faire une recherche de haut niveau et des enseignements de qualité bien adaptés aux besoins des étudiants. Mais nous manquons dramatiquement de personnel d'accompagnement : ingénieurs de recherche, ingénieurs et techniciens pour maintenir les parcs de machine, secrétariat, etc. Toute heure passée à chercher une salle, à recopier des notes, etc. est une heure perdue pour les missions essentielles de notre métier.




L'intervention de J-P Borel est suivie par une table ronde de présentation des projets ou expériences sur le LMD. Seuls quelques traits des interventions sont donnés ici, dans la mesure où les exposés des intervenants sont disponibles sur le site Specif.


Ch. Soulé-Dupuy présente l'Université de Toulouse 1, surtout tournée vers les Sciences Sociales mais avec une UFR d'Informatique. Sa position est celle d'un interlocuteur, chargé de l'enseignement de l'informatique, dans un cadre «Informatique pour Sciences Humaines». L'enseignement dispensé antérieurement comprenait 7 maîtrises et 6 DESS. La réorganisation a redéfini trois orientations principales, avec des passerelles entre elles. Un gros travail a été fait pour dégager quels sont les enseignements fondamentaux nécessaires à ces trois orientations et pour définir ensuite des parcours-types menant en licence ou en master. Les difficultés sont d'ordre matériel (budget constant) et l'absence de maîtrise d'informatique à l'heure actuelle, ce qui oblige à définir une première année de master sans références antérieures.



Jean-Paul Bashoun fait état des réflexions menées à l'Université Paul Sabatier de Toulouse (Toulouse 3).


Avant mi-juillet, un master était un grade et non un diplôme. Avec le LMD, DEUG et maîtrise deviennent des diplômes intermédiaires. Il y a disparition des DESS et DEA mais le remplacement par des masters ne se fait pas dans l'optique «un pour un». Quelle est l'ampleur d'un master? une UFR? un département? un domaine transversal (un master IUP par exemple)? un master STIC?


Quand se fait la sélection? après la licence ou après la maîtrise? Comment se fait l'orientation entre master P et master R? Y a-t-il des passerelles entre master P et master R? Dans le sens R vers P, cela semble assez facile mais ne peut se faire sur une seule année à cause du stage. Dans le sens P vers R, peut-il y avoir des équivalences, comment seront examinées les candidatures à une AR par les ED? Quel sera le coût de ces formations pour les étudiants?


Quelle articulation entre masters et Ecoles Doctorales? Faut-il recréer des structures analogues aux Ecoles Professionnelles de DESS? Comment gérer les formations à sceaux multiples? les IUP?


Faut-il basculer d'un seul coup vers les LMD? Y a-t-il un effectif minimal pour l'ouverture d'un master? Qui doit décider de la taille des modules, de l'attribution des crédits, du découpage en semestres? Comment gérer le coût de l'encadrement des TER, des projets? Qu'en est-il des formations transversales (langues, ..)?


Il s'agit d'une réforme profonde, pour laquelle il faut prendre son temps. Entre le système actuel et la réforme en LMD il y a beaucoup de contradictions. Il est nécessaire, pour éviter les dégats, d'effectuer le passage en LMD par étapes.






Sébastien Limet relate ensuite les difficultés rencontrées pour la mise en place d'une licence professionnelle par le département d'informatique de l'IUT d'Orléans.


La réforme concerne un effectif de 200 étudiants, répartis dans trois formations différentes. L'enseignement actuel souffre d'un certain nombre de difficultés: formation dense, rythme d'apprentissage très soutenu, difficile à suivre pour un étudiant moyen. Les enseignants ont élaboré une proposition de création, à la rentrée 2003, d'une licence professionnelle, comportant 2100h d'enseignement et 26 semaines de stage sur 3 ans. Il y a eu refus de l'Université d'ouvrir en 2003 car l'obligation de posséder un diplôme à Bac+2 pour entrer en 3ème année n'est pas compatible avec la notion de crédit (pour entrer en 3éme année, il faut avoir acquis 120 crédits). Notons que J-P Borel a soutenu la décision de l'U. d'Orléans en expliquant qu'une partie d'une université ne pouvait pas faire "cavalier seul", le LMD est un projet d'établissement.


Eric Ramat présente ensuite les propositions de l'Université du Littoral. Actuellement, dans le cadre de l'informatique, l'université propose un IUP GMI et 2 DESS (dont un ICC - compétence complémentaire). Il y a une interaction forte avec l'IUT d'informatique et il existe aussi une offre de formation continue. Il note le manque de clarté des différentes offres de formation actuelles.


Le cadre du LMD est conçu comme une articulation des formations autour des 3 grades. Il faut créer un parcours individualisé de collecte de crédits. Pour cela, chaque étudiant doit choisir une "majeure" à l'inscription en licence. Suivant le choix des modules, la coloration est soit "IUP" soit "théorique". La "mineure" est soit totalement libre soit "dirigée" (style licence IUP). La partie "Majeure" représente 120 crédits, la mineure 60 crédits. La mineure peut être le cadre de l'articulation avec les autres départements, spécialement avec ceux d'autres disciplines scientifiques.




Robert Chignoli et Jean-Marc Fédou présentent le passage au LMD dans le cadre du renouvellement du contrat quadriennal de l'Université de Nice. L'Université de Nice est éclatée en plusieurs sites. La discussion y a porté sur l'opportunité de casser ou non le système DEUG + licence. Le plan prévu pour la licence d'Informatique à l'UFR Sciences comporte un premier semestre commun, les semestres 2 et 3 sont bi-disciplinaires, les semestres 4-5-6 amènent à une spécialisation. Un travail a été mené pour clarifier les liens entre la licence d'Informatique et la licence professionnelle. Actuellement, les étudiants ayant un DUT ont des difficultés à suivre une licence traditionnelle et ceux venant de DEUG ont du mal à suivre une filière professionnalisée. Il faut donc établir des passerelles, faire des mises à niveau, en 4ème semestre de DUT, choisir des matières permettant d'entrer en Licence, en 4ème semestre de DEUG, choisir des matières plus professionnelles.


Au niveau master, le projet est de créer un master unique (ou fédéré) en STIC, regroupant toutes les formations Bac+5 du domaine, retardant le plus possible le choix entre master P et master R.


Un dialogue s'instaure à la suite de ces compte-rendus d'expériences.


Un intervenant voit le LMD comme une démarche d'harmonisation avec le mode de fonctionnement anglo-saxon. Certains intervenants font remarquer que ce n'est pas nécessairement là gage de qualité, les établissements se faisant souvent concurrence et proposant des intitulés de formations très alléchants associés parfois à des contenus laissant à désirer.


Un intervenant pose la question du devenir des IUP et du titre d'ingénieur-maître. le MEDEF est très satisfait de la licence professionnelle et du diplôme d'ingénieur-maître. J-P Borel assure que ces possibilités sont conservées. Le LMD doit juste apporter une possibilité de souplesse pour les étudiants.


Un intervenant remarque que le LMD doit avoir au moins deux objectifs : formation générale et formation professionnelle, qui doivent être déclinés aux 3 niveaux. Toutes les formations trop spécialisées auront des problèmes. Un autre intervenant craint un problème d'effectifs, avec une sélection de fait pilotée par les moyens disponibles. De plus, les modalités de la mobilité entre les différentes universités ne semblent pas très claires. Qu'en sera-t-il également de la validation des acquis professionnels? de la formation en alternance?


J-P Borel nous demande alors de ne pas construire de formations sous forme de «tuyaux». Il faut construire un système beaucoup plus souple que l'actuel. Il cite l'exemple des physiciens de Grenoble qui ont adopté un découpage comportant 60 crédits communs à tout l'effectif, 60 crédits de spécialisation, 20 crédits en libre choix (qui peuvent être, selon J-P Borel, des cours de piano par exemple). Il ne doit pas y avoir de sélection après la licence.

Aucun établissement n'est obligé de passer au LMD mais s'il le fait, alors il faut le faire bien. On s'inscrit en licence après le bac et en master après la licence. Mais l'étudiant est acteur et s'oriente progressivement vers son métier. Il faut aussi construire des passerelles entre les différentes formations. l'approche d'Orléans était beaucoup trop restreinte. Il faut que tout l'établissement y aille ensemble.


Suite à l'intervention de J-P Borel, des intervenants font les remarques suivantes.

-Le vrai problème est «que fait-on de l'existant?». Toutes les formations existantes (IUT, IUP, ?) vont disparaître avec le LMD.

-La logique de tube correspond à la spécificité d'une discipline.

- Aller vers un métier demande certes une spécialisation. Mais les documents du CIGREF montrent la rapidité de l'évolution des métiers. Il faut donc asseoir la formation professionnelle sur un acquis solide des aspects fondamentaux de notre discipline.

- Le CNAM a déjà plus ou moins un système de crédits, on en connaît les bienfaits et les perversités: choix très souple des modules mais manque de cohérence dans la formation des étudiants.

- Que vont devenir les DESS/DEA cohabilités? Comment cela s'intègre-t-il dans le modèle de master?

- Les textes ne sont pas très détaillés et sont méconnus par beaucoup d'entre nous. Le ministère ne donne que peu d'informations. Beaucoup de projets ont démarré mais le cadrage est inexistant. Il semble qu'il soit préférable d'attendre. Qu'en est-il au niveau des contrats quadriennaux?

- Les professionnels ont une préférence pour les ingénieurs et attendent une bonne connaissance de l'entreprise. Les formations telles que les DESS, MIAGE sont bien appréciées. Les formations dites «mastaire» ou «mastère» le sont beaucoup moins. Il faut gérer la communication avec le MEDEF pour assurer la notoriété des nouveaux diplômes.



J-P Borel répond que le LMD est une approche métier, y compris par exemple pour les professeurs d'école. Faut-il des formations à double, triple compétence? On est allé trop loin dans l'idée de spécialisation. Il faut arriver à passer d'un système permettant de former des petites quantités d'étudiants triés à des étudiants formés à un ensemble de métiers. Mais fondamentalement, le LMD sera ce que nous en ferons.


La co-habilitation pourra se faire entre des établissements, même entre ceux ayant fait des choix différents sur le LMD.


Il faut prévoir dans les contrats quadriennaux l'ouverture vers le LMD. Un simple échéancier sera accepté.


C. Bellissant conclut ensuite la table ronde en rappelant que nous avons une double mission : fournir aux entreprises des gens bien formés, fournir aux étudiants de quoi assurer une formation continue. Le tube correspond aux fondamentaux de la discipline. Il est indispensable pour assurer une formation solide pour maintenir une bonne adaptabilité de nos étudiants.



La journée se poursuit par une présentation de l'OFMI par C. Carrez, disponible sur le site Specif et sur (htpp://www.cnam.fr/OFMI). Son exposé fournit en particulier des données sur les DESS où l'informatique intervient, DESS qui fournissent environ 5000 sortants niveau 3 par an.


Plusieurs questions font suite à cet exposé. Les DESS, en particulier les DESS CCI, risquent de perdre leur identité dans le LMD. L'inscription en première année de master ne donne pas de visibilité sur le résultat. Un certain nombre de DESS CCI se font sans correspondre à une formation préalable en maîtrise. Que vont-ils devenir dans le LMD?


Le LMD peut recevoir au moins deux interprétations: parcours diplômant, parcours de cumul de crédits. Mais une université peut très bien sélectionner suivant la nature des crédits obtenus ou les diplômes de niveau inférieur obtenus. En particulier, les concours de la fonction publique exigent toujours certains diplômes. Comment concilier ces points de vue?


Un intervenant fait remarquer que le LMD conduit à la disparition d'un contenu national pour les diplômes et institue de fait une concurrence entre les établissements. Est-elle raisonnable dans un pays de la taille de la France et ne risque-t-elle pas de privilégier les étudiants ayant des moyens financiers élevés? De plus, la cohabilitation entre les établissements, surtout au niveau DESS ou DEA actuel, sera plus difficile à mettre en place car elle devra porter sur tout un master.


Un intervenant répond en signalant que le LMD est motivé par une harmonisation à l'échelon européen. Là où il est mis en place, il donne beaucoup de souplesse. Un troisième intervenant fait remarquer qu'il s'agit de conserver un référentiel au niveau national pour les formations. Le message «viser des métiers pour le bassin d'emploi» est à trop courte vue. Il ne permet guère la mobilité en Europe et risque de conduire à une trop grande hétérogénéité. Il faut de plus faire attention aux effets de mode. Le métier d'ingénieur-multimédia, introduit en 2000 dans la nomenclature des métiers de l'informatique faite par le CIGREF, a disparu en 2002.



La journée s'est prolongée par un exposé de Philippe Pierrot, Président de la commission de la pédagogie de l'assemblée des Directeurs d'IUT, sur «Le système IUT dans le cadre Licence», lui aussi accessible depuis le site Specif. Le sujet est l'aménagement des IUT pour accéder au cursus licence, sans perdre ce qui fait actuellement l'originalité de ce cursus: programmes nationaux évalués et mis à jour régulièrement, concertation des enseignants d'IUT à l'échelon national, etc. De plus, les méthodes d'encadrement par petits groupes rassurent les parents et les étudiants. Le mode actuel de fonctionnement des IUT rencontre un certain nombre de difficultés: densité des formations, étudiants différents, champ de spécialités à réactualiser, etc. Les besoins de professionnalisation au niveau 2 augmentent.


Les départements d'IUT souhaiteraient un cadre national pour le bac+3. La sélection actuelle devrait être conservée car elle est fonction des débouchés. L'enseignement en IUT évoluerait vers une licence professionnelle. Mais il y aurait de nombreuses passerelles: certains étudiants ne feront pas leurs six semestres uniquement à l'IUT. De même, des étudiants pourront entrer à mi-chemin.


Une discussion générale s'engage sur «comment étendre les méthodes et les propositions» faites par les IUT à l'ensemble des formations en Sciences? Les IUP MIAGE commencent à réfléchir à des sorties bac+5, l'entrée à Bac+1 étant fréquente en province mais peu répandue en Ile-de-France. Il existe actuellement une forte demande de poursuite à Bac+5 mais peu d'étudiants sont acceptés en DESS (on sent là aussi une baisse des débouchés).


Quelques questions: faut-il envisager la mobilité des étudiants à Bac+3 ou à bac+4? Nous devons faire des propositions au Ministère. Les IUT parlent d'une seule voix, ce n'est pas le cas pour les IUP qui dépendent de fait beaucoup plus des choix de l'Université. Au niveau «licence-maîtrise-DESS-DEA» universitaire, il ne semble pas y avoir beaucoup de concertation.


Pour conclure et résumer les débats, il faut d'abord mentionner l'importance du changement introduit par le LMDdans l'organisation universitaire. Même si le diplôme reste national, l'organisation, les contenus, la définition des crédits sont laissés à l'initiative des établissements. Le ministère affiche un très fort souhait de mobilité des étudiants, de souplesse dans l'organisation des cursus afin de faciliter l'individualisation des parcours. Surtout, ce qui est essentiel du point de vue du ministère, est que tout étudiant engagé dans une formation LMD, l'est parce qu'il a un projet de métier, ce qui implique que les contenus de ces formations soient dérivés des compétences nécessaires à ces métiers. Face à ces orientations, les interrogations et les inquiétudes des enseignants-chercheurs en informatique ont été largement exprimées: quels moyens pour construire puis mettre en place le LMD, comment construire des formations pluridisciplinaires qui donnent en même temps une formation solide dans une discipline donnée, quelle pérennité pour les métiers visés, quelle sera la reconnaissance des formations dispensées par le monde socio-économique, quelles seront les conséquences de la concurrence entre universités, etc. En définitive, comment à moyen constant, arriver à innover suffisamment pour ne pas reproduire quasi-identiquement l'existant.


Dernière mise à jour du site: 28/03/2009